Fanatiquement votre

En vacances à RIMINI (Italie) en août 1983, je découvre une base de l'Armée de l'air Italienne abritant le 5ème STORMO (Escadre de chasse) équipé de F104S " Starfighter ". Je connais ce type d'avion car les Canadiens en possèdent aussi à SOLINGEN en RFA pas très loin de Fribourg où je suis basé à l'époque, au 2°RHC. De plus, des Américains sont en manœuvres avec des A10 beaucoup plus silencieux que les "lampes à souder" (surnom du F104). Tout cela est très intéressant.

Fanatiquement votre

En vacances à RIMINI (Italie) en août 1983, je découvre une base de l'Armée de l'air Italienne abritant le 5ème STORMO (Escadre de chasse) équipé de F104S " Starfighter ". Je connais ce type d'avion car les Canadiens en possèdent aussi à SOLINGEN en RFA pas très loin de Fribourg où je suis basé à l'époque, au 2°RHC. De plus, des Américains sont en manœuvres avec des A10 beaucoup plus silencieux que les "lampes à souder" (surnom du F104). Tout cela est très intéressant.


Je passe donc beaucoup de temps accroché au grillage entourant la dite base. Un gars pas bête du tout a installé un petit troquet à une cinquantaine de mètres de l'axe de la piste, ce qui permet d'attendre les avions tranquillement assis. Le seuil de piste n'est vraiment pas loin de la clôture et les F 104 à l'atterrissage passent très très bas au-dessus du grillage. A 300 km/h environ (vitesse d'approche et de posé en gros du F 104) la dépression créée par le passage de l'avion soulève la poussière et les papiers gras qui traînent sur la petite route longeant le grillage. Je peux dire que c'est impressionnant, si bien que cela attire nombre de curieux.
F 104

Le problème c'est que les photos sont strictement interdites. Comme si on allait découvrir quelques secrets encore inconnus ! Pourtant il y a de la pellicule à faire. Un après-midi, un Italien est en train de prendre quelques clichés des avions à l'atterrissage. Quelques minutes plus tard, une camionnette de la Police Militaire de la base arrive. S'ensuivent plusieurs minutes de palabres. Les MP ont appelé la Police Civile et le photographe est embarqué. Les Italiens ne rigolent pas. Je me suis donc résigné à ne pas prendre de photos côté base.

Mon séjour à RIMINI se terminant peu après l'évènement, je décide de retourner une dernière fois derrière le grillage en bout de piste. Je suis là depuis environ un quart d'heure, lorsque je vois arriver une AMI 8 break immatriculée dans le département de la Haute-Garonne. Un jeune homme en descend et s'approche de moi. Nous entamons la conversation sur les F 104 et les photos à faire. Je lui raconte le problème de la veille. Dans la conversation, il me demande : " Vous êtes dans L'ALAT n'est-ce pas ? "

Alors là je tombe à la renverse. Je ne lui ai rien dit. Il m'explique qu'un gars qui attend au bord de la piste d'atterrissage d'une base militaire ne peut être que dans l'aviation militaire. Et ma voiture étant immatriculée aux FFA (Forces Françaises en Allemagne) où n'y a plus que l'ALAT…. Quelle déduction ! Donc nous continuons la discussion sur l'aéronautique en général. Ce monsieur, son épouse et un chat passent leurs vacances d'été à faire le tour de toutes les Journées Portes Ouvertes (JPO) de toutes les bases d'Europe de l'ouest. De la France en Yougoslavie, en passant par la Grèce, j'en passe et des meilleurs et tout ces trajets avec la Citroën. Des supers fana aéro. Je n'en avais jamais vu à ce jour. Lui prend les photos et son épouse note tous les numéros et immatriculations de tout ce qui vole. Cela s'appelle des Spotters. Ces gens là sont capables de vous donner tout le pedigree d'un aéronef militaire ou civil depuis sa mise en service jusqu'à sa réforme. De vraies encyclopédies. En plus il a souvent accès au SIRPA et à l'ECPA à Paris car il me semble me rappeler qu'il est Maître d'Histoire chez lui à Toulouse. En discutant, il m'apprend qu'il y a une JPO sur la base de Dubendorf en Suisse au mois de septembre. Nous nous donnons rendez-vous pour cette occasion.

Un mois plus tard, je me rends donc sur cette base où nous nous retrouvons. Je vois pour la première fois des Vampires en état de vol et qui ne sont pas là pour la décoration. Enfin après une bonne journée aéronautique nous nous quittons en ayant échangé nos adresses respectives. Eux repartent pour Toulouse et moi pour Fribourg.

Dans les jours et les mois suivants nous échangeons quelques courriers et des photos. Il en a réussi de belles sur les A10 Américains. A ce moment là je suis sur le montage de la maquette du Thunderbolt II au 48ème de Tamiya. Il me donne donc tous les renseignements sur ce type d'avion et bien d'autres car il a de l'avance sur moi question photos et lui aussi fait des maquettes.

insigne manta Au mois de décembre 83 je rejoins l'Opération Manta. Le Détachement MANTA 1 est parti en Août pendant mes vacances en Italie. Nous devons donc avec le reste des escadrilles relever les copains. Nous partons donc le 12 Décembre pour le TCHAD, avec le détachement MANTA 2.

Je passe quatre mois en Afrique ou je peux faire de superbes photos de nos machines en opération avec des camouflages plus ou moins réglementaires.

 

manta

342 Manta

Plusieurs mois après mon retour en Europe, j'échange avec mon camarade quelques photos. L'opération Manta étant terminée je ne vois pas de problème à lui donner quelques diapos et les commentaires qui vont avec.

La vie se déroule normalement, jusqu'à la cérémonie des vœux du Colonel au mois de janvier 85. L'Officier en second demande à l'assemblée si quelqu'un a eu des contacts avec un reporter. Personne ne réagissant, il donne le nom de ce monsieur. Là je suis surpris, car il parle de mon copain d'Italie. Je me fais connaître et le lendemain je suis convoqué chez le Colonel. Je sens comme une odeur de roussi. Dans son bureau, le Chef m'explique.

Quelqu'un du Régiment a donné des photos et des renseignements à un " reporter ", et celui-ci a fait un article dans le Fanatique de l'Aviation de décembre 84 sous le titre " Où sont passées les gazelles ". Un général à Paris a eu le journal entre les mains et décide de savoir qui était le " mouton noir " et de sévir en conséquence, car à priori il trouve quelques photos illustrant le reportage qu'on ne doit pas montrer. A partir de là, toute la machine hiérarchique se met en route. Qu'ai-je fait ? Je sens l'affaire s'engager très mal pour moi. Un peu plus tard je suis convoqué chez le Colonel qui commande le 2ème RHC à Friedrischafen où je me rend par mes propres moyens. Dans son bureau, Il est en communication avec un Chef de l'ALAT à Paris qui attend des explications. Je réponds à diverses questions et j'ai aussi amené ma correspondance et les photos d'avions divers échangées avec le copain, montrant ainsi que ce n'est en fait que de la passion pour le maquettisme et l'aéronautique en général.

Après une discussion au goût âpre, surtout pour moi, je rentre à Fribourg avec une super épée de Damoclès au dessus de la tête. Le soir même je téléphone au copain lui expliquant le problème. Lui ne comprend pas ce qui m'arrive car la censure militaire lui a donné l'autorisation d'écrire l'article. La trame du texte provient de certaines de mes " confessions " et le reste d'un gars de BADEN me dit-il. Le fait est que je lui signifie que je romps tout contact avec lui, ce qui le déçoit beaucoup.

Puis je me procure un exemplaire du Fana de l'aviation pour voir ce que j'ai bien pu révéler de si grave. Effectivement, certaines de mes photos illustrent le reportage, accompagnées de photos militaires "officielles" prises certainement par un photographe de l'ECPA que j'ai rencontré dans un petit bled au TCHAD.

Donc je prends mon mal en patience et j'attends la décision fatale. Les semaines et les mois passent et rien ne m'arrive.

Que s'est-il passé ? Je n'en sais toujours rien au aujourd'hui. Qui a décidé de ne plus poursuivre ? Qui a arrêté la machine hiérarchique qui avait l'air de s'emballer. Peut-être les chefs se sont-ils aperçus que cette histoire n'était pas si grave. Je ne le sais pas et ne le saurai sans doute jamais.

Ce que je sais aujourd'hui 15 ans après, c'est que Jean-Louis PROME continue a faire de bons articles sur l'ALAT dans des mensuels aéronautiques et que moi Jean-Philippe JOYEUX, j'ai perdu ce jour là un bon camarade fanatique de l'aviation, comme moi.

J.P. Joyeux le 3 novembre 2000

TPL_BEEZ2_ADDITIONAL_INFORMATION